Ce matin, larmes gelées sur le pare-brise qui dessinent de bien jolies formes! Le soleil a bien tenté de lutter contre la tristesse du ciel, mais il a perdu la bataille.
Comme souvent, ces derniers temps.
Et cette magnifique voix de Léonard Cohen sur les sons du silence...
Le Sénégal, le pays tout entier, est suspendu aujourd'hui à la décision du Conseil Constitutionnel et à la liste des candidatures qu'il va valider..., Vers 22h30, la liste tombe et Dakar s'échauffe. Comment va se dérouler la campagne électorale? Nul ne peut le prédire... Les amis sénégalais misent sur la sagesse des hommes politiques et de leur troupe. Mais, au Sénégal, comme dans beaucoup de pays, la jeunesse est laissée en rade, ne trouve pas de travail, et la vie est de plus en plus difficile pour la plus grande partie de la population...
Bon, faut se dire que le pire n'est pas toujours sûr... Mais, vu d'ici, à distance, on s'inquiète tout de même.
Parfois, il faut se résigner: les mots ont des limites, vaut mieux pas trop les laisser sortir... Faudrait les garder en bouche, les empêcher de glisser au dehors quand on ne comprend pas tout, accepter de ne pas tout comprendre, ne pas s'y perdre, ne pas juger, et tout ça, en même temps!
Bref, ce soir, j'invite Schubert et sa mélancolie pour tempérer la mienne qui menace. Je ne sais pas pourquoi, mais Schubert et Spinoza m'ont toujours semblé proches alors que deux siècles (ou presque) les séparent. Sont-ce les lunettes? une mort prématurée? un certain amour de la solitude choisie ou qui s'est imposée?
De Dieu.
1. Quoiqu’il importe à tous les hommes de connaître la vérité, il y en a très peu cependant qui jouissent de cet avantage : les uns sont incapables de la rechercher par eux-mêmes, les autres ne veulent pas s’en donner la peine. Il ne faut donc pas s’étonner si le monde est rempli d’opinions vaines et ridicules ; rien n’est plus capable de leur donner cours que l’ignorance ; c’est-là l’unique source des fausses idées que l’on a de la Divinité, de l’Âme, des Esprits et de presque tous les autres objets qui composent la Religion. L’usage a prévalu, l’on se contente des préjugés de la naissance et l'on s'en rapporte sur les choses les plus essentielles à des personnes intéressées qui se font une loi de soutenir opiniâtrement les opinions reçues et qui n'osent les détruire de peur de se détruire eux-mêmes.
...
4. Pour en venir à bout, il n’est besoin ni de hautes spéculations, ni de pénétrer fort avant dans les secrets de la nature. On n'a besoin que d'un peu de bon sens pour juger que Dieu n'est ni colère ni jaloux ...
Encore un livre étonnant, détonnant. "Les figures de style" de Laurence Caillaud-Roboam illustrées par des dessins de Plantu chez Hatier.
A la page 74, sous le mot PARADOXE, on trouve:
Nom masculin. Du grec "para" à côté de et de "doxa", opinion.
Puis... Phrase ou proposition dénuée de sens logique. Utilisée pour inviter à
réfléchir.
Plantu s'en donne à coeur joie (en fait, l'expression est très mal choisie) pour illustrer le propos. Mais il faut bien reconnaître que nous vivons en constants paradoxes avec nous-mêmes. Sur tous les plans: économiques, politiques, alimentaires, affectifs, technologiques, etc.
Comment faire pour mieux faire cohabiter nos théories, nos convictions, et la réalité de nos engagements dans la vie de tous les jours ou dans notre orientation de vie? Entre placer la barre trop haut et le laisser faire sur tous les plans, il y a la voie du juste milieu. Pas facile à trouver ou à suivre parfois.
Les plantes de la salle des maîtres, elles, ne se posent pas trop de questions et développent une beauté qui n'appartient qu'à elles...
Vous, vous êtes et nous, nous sommes
Des hommes pareils
Plus ou moins nus sous le soleil
Mêmes cœurs entre les mêmes épaules
Qu'est-ce qu'on vous apprend à l'école
Si on y oublie l'essentiel ?
On partage le même royaume
Où vous, vous êtes et nous, nous sommes...
Moi, j'ai des îles, j'ai des lacs
Moi, j'ai trois poissons dans un sac
Moi, je porte un crucifix
Moi, je prie sur un tapis
Moi, je règne et je décide
Moi, j'ai quatre sous de liquide
Moi, je dors sur des bambous
Moi, je suis docteur-marabout
Et nous sommes
Des hommes pareils
Plus ou moins loin du soleil
Blancs, noirs, rouges, jaunes, créoles
Qu'est-ce qu'on vous apprend à l'école
S'il y manque l'essentiel ?
Semblables jusqu'au moindre atome
Vous, vous êtes et nous, nous sommes...
Moi, je me teins et je me farde
Moi, mes chiens montent la garde
Moi, j'ai piégé ma maison
Moi, je vis sous des cartons
Moi, j'ai cent ans dans deux jours
Moi, j'ai jamais fait l'amour
Nous, enfants neveux et nièces
On dort tous dans la même pièce
Quelque soit le prix qu'on se donne
On nage dans le même aquarium
On partage le même royaume
Où vous, vous êtes et nous, nous sommes
Où nous sommes des hommes pareils
Plus ou moins nus sous le soleil
Tous tendus vers l'espoir de vivre
Qu'est-ce qu'on vous apprend dans les livres
S'il y manque l'essentiel...?
S'il y manque l'essentiel...?
J'aime mieux ce monde polychrome
Où vous, vous êtes et nous, nous sommes...
Des hommes pareils...
Des hommes pareils...
En ce dimanche de rail et de route, beaucoup de temps pour méditer, entre passé, présent et avenir proche, avenir lointain, dans la lutte matinale entre la lumière et l'obscurité.
Sur la plaine d'Alsace, le soleil a temporairement vaincu le gros temps... et ça et là, laisse entrevoir les vestiges d'un passé souvent douloureux dans cette partie d'Europe.
Penser à la vie des chats, à la vie des hommes. Une vie de chats de présents qui se succèdent les uns aux autres sans trop se poser de questions métaphysiques. Alors que du côté des hommes, il y a parfois comme des odeurs de répétitions dans l'air.
Mon compagnon de voyage? "Minuit" de Dan Franck sur les aventures de l'Art Moderne pendant l'occupation de 1940 à 1944. Et il n'est pas question seulement de peinture, mais aussi de littérature et de philosophie, de cinéma et de musique... Etre juif, ou communiste, ou franc-maçon, ou républicain espagnol, c'est devenir indésirable à cette époque-là, pas si lointaine. Et aujourd'hui?
La très jolie et très complexe femme de Franz Werfel, ex-Madame Mahler, elle dont tous avaient été amoureux, elle, la femme silencieuse de Kokoschka, Anna, lors de sa fuite désespérée vers les Etats-Unis, écrit: